Conan DOYLE à Edimbourg, Londres, Paris et ailleurs

Le samedi 12 janvier 2008.
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Le 65 avenue de Wagram (juin 2007). Est-ce l’immeuble qu’a connu Doyle en 1876 ?

Question piège : faut-il ranger Arthur Conan Doyle à C ou à D dans sa bibliothèque ?…

Arthur Conan (donc à D…) naît en 1859 au 11 Picardy Place à Edimbourg. Comme Robert Louis Stevenson, autre enfant de la ville né en 1850, son destin sera d’être francophile, et – la comparaison avec Stevenson s’arrête là – écrivain plutôt que médecin.
Il a six sœurs et sa famille vient d’Irlande, et auparavant d’Ouilly-sur-Orne en Normandie, d’où elle tient son nom. Conan est son second prénom et signifie chef en celte. Voilà pour l’État-civil.

Arthur Conan étudie à Hodden, Stonyhurst, Feldkirch (Autriche). Au début des années 1870, l’adresse de la famille Doyle est le 3 Sciennes Hill Place à Edimbourg, puis le 15 Lonsdale Terrace. Il se passionne pour Scott [1], Verne, Macaulay, Poe et son enquêteur Dupin. Il séjourne en juillet 1876 chez son oncle Michael Conan à Paris, 65 avenue de Wagram [2].
Entre 1876 et 1881, on le trouve à la faculté de médecine d’Edimbourg, où il apprend à ausculter l’homme de l’intérieur pour pouvoir mieux le percer à jour de l’extérieur. L’un de ses professeurs est le docteur Joseph Bell, homme aux déductions étonnantes qu’il utilisera comme modèle pour imaginer Sherlock Holmes [3], et un autre, Rutherford, lui inspirera le professeur Challenger du Monde perdu.

Entre 1879 et début 1882, il travaille plusieurs mois de l’année auprès du Dr Hoare à Aston (maintenant Birmingham [4]), logeant alors 63 Aston Road North, où une plaque garde sa mémoire (mais l’immeuble d’aujourd’hui est plus récent).

Après un séjour en Afrique, Doyle exerce entre 1882 et 1890 comme médecin à Plymouth et à South Sea - 1 Bush Villas à Elm Grove.

La première aventure de Sherlock Holmes est publiée fin 1887 dans un modeste almanach de Noël, après avoir été refusée par trois revues. Cette même année, Doyle publie aussi un compte-rendu de séances spirites qu’il a organisées. Avec son premier roman historique écrit en 1888, les trois facettes de l’écrivain ont pris forme : le père de Sherlock Holmes, l’auteur de romans historiques et le spirite [5]. Le public n’a retenu que la première. Doyle préfère de loin les deux dernières.

Les revues et éditeurs s’arrachent les aventures de Sherlock Holmes à partir de 1890. Après un séjour à Vienne et à Paris [6], Doyle s’installe à Londres, Montague Place et ouvre un cabinet médical 2 Upper Wimpole Street, près de Harley Street, et 2 Devonshire Place, mais pour peu de temps. Le succès de Holmes lui permet d’abandonner définitivement la profession, après plusieurs années de bons et loyaux services. Dès 1893, Holmes l’accapare cependant trop à son goût. Cette année-là, il le fait mourir dans un gouffre suisse avec son ennemi juré Moriarty, dans Le Problème final, et commence à composer les aventures d’un brigadier Gérard, officier français imbu et naïf, contemporain de Napoléon.

Doyle emménage en 1897 dans une maison à Hindhead, dans le Surrey. En 1898, le voilà médecin pendant la campagne du Soudan, puis en Afrique du Sud, dans une action humanitaire aux côtés des Boers pendant la guerre en 1900-1901. Il y fait tourner un hôpital avec ses propres finances. Il en retire un livre édité à compte d’auteur par la librairie Galignani à Paris.
Pendant ces années, la politique - plusieurs défaites lorsqu’il se présente aux élections à la Chambre des communes en Ecosse -, le sport et la littérature l’occupent, mais Sherlock Holmes reste mort. Il ne ressuscite qu’en 1903, dans La Maison vide, ressurgissant du gouffre suisse. C’est reparti pour une trentaine d’aventures, dont la dernière paraît en 1927. Doyle investit ces nouveaux revenus dans l’agrandissement du manoir de Windlesham, près de Crowborough dans le Sussex, où il emménage en 1908 [7].

Il tente en vain de s’engager pour aller combattre en 1914. Son fils Malcom meurt au combat cette année-là. Doyle fait des reportages sur les fronts français et italien. Son autre fils Kingsley décède de blessures de guerre et de la grippe espagnole en 1918, ainsi que son frère Innes début 1919. Ces disparitions renforcent la croyance de l’écrivain dans la communication avec les morts. Il participe à de nombreuses conférences et publications spirites et ouvre en 1925 une librairie spirite dans Victoria street à Londres. Cette même année, il préside à Paris le Congrès spirite international, et rend ensuite visite au docteur Edmond Locard, le "Sherlock Holmes lyonnais", directeur du laboratoire d’anthropométrie de Lyon.

Il décède à Windlesham en 1930.

Sources :
- chronologie de Francis Lacassin dans le recueil Le Brigadier Gérard, collection Bouquins, éditions Robert Laffont,
- www.ash-tree.bc.ca/acdschron.htm,
- sshf.com.

[1] Qu’il admire aux côtés de l’historien et homme politique Thomas Babington Macaulay, comme il le raconte dans ses souvenirs Through the Magic Door.

[2] Cadre qu’il choisira pour sa nouvelle L’Entonnoir de cuir.

[3] Et que l’on retrouve aux côtés de Doyle dans le roman policier Mr Doyle et Dr Bell, d’Howard Engel dans la collection Labyrinthes des éditions du Masque - n°139.

[4] Voir www.birmingham.gov.uk/doyle.

[5] Que l’on voit en œuvre dans le roman policier Le Fantôme de Baker Street de Fabrice Bourland, 2008, collection Grands détectives chez 10/18.

[6] Où il passera une nuit de noces à l’hôtel Le Régina, 2 place des Pyramides.

[7] Voir www.the-conan-doyle-crowborough-establishment.com.



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