Henry de MONFREID à Cap leucate, Paris, Ingrandes

Le jeudi 28 août 2003.

31 rue Saint-Placide à Paris.

"L'aventure est en nous."

Il y a bien sûr du Loti, du Rimbaud et du Lawrence d’Arabie dans cet homme-là.
Loti, parce que Monfreid manie la plume et le pinceau avec autant de plaisir que Julien Viaud.
Rimbaud, car Monfreid verse aussi dans le trafic d’armes, à Djibouti et en Éthiopie à partir des années 1910.
Et, comme T.E. Lawrence, le métier d’agent de renseignement ne lui est pas totalement inconnu.

  Le jeune Henry fait étape à Paris, 31 rue Saint-Placide, entre 1885 et 92, jusqu’au divorce de ses parents. Il vient du domaine de la Franqui, au nord de Port-Leucate près de Perpignan, où il est né en 1879.
Là-bas, ce sont une nature et une mer qui donnent envie du grand large. Le père d’Henry, peintre, ami de Gauguin et de Maillol, a préféré qu’il soit d’abord éduqué au grand air par ses grands-parents.
À Paris, il étudie à l’Ecole alsacienne. À l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, il assiste au spectacle donné à Neuilly par Buffalo Bill en personne et est impressionné de voir des enfants de son âge monter sur des poneys et tirer au revolver. Quelques jours plus tard, il s’amuse à parcourir en équilibre la balustrade du balcon de l’appartement de la rue Saint-Placide, au cinquième étage.
  En 1892, il intègre le lycée de Carcassonne et habite avec sa mère en face du square Gambetta.
  Vers 1898, il se réinstalle à Paris : d’abord interne au lycée Saint-Louis, boulevard Saint-Michel, puis seulement externe car insuffisamment discipliné. Il prend alors une chambre à l’hôtel d’Angleterre, rue Jacob, jusqu’au moment où il se met en ménage, rue Monge, avec une jeune femme de chambre.
  À la mort de sa mère, un oncle s’est emparé de La Franqui, qui devait échoir à Henry. Après avoir été employé dans la vente de café et le ramassage de crème laitière, il s’essaie sans grand succès à l’élevage d’animaux dans la ferme de Trois Moulins, à 2 km de Melun (les inondations de 1910 lui font perdre sa clientèle). Il habite alors rue du Parc Montsouris à Paris.
Lorsqu’il apprend qu’un marchand de Djibouti embauche pour développer le commerce du café éthiopien, c’est pour lui l’occasion d’un nouveau départ professionnel et sentimental (Henry le séducteur a du succès auprès des femmes, mais de moins en moins avec la sienne)…
  Monfreid arrive en Éthiopie en 1911 et s’intéresse à la vente d’armes parce que c’est plus rentable que le café et les perles -qu’il essaie aussi. Il passe au hashich indien et grec lorsque la guerre rend risqué le commerce des armes.
Encouragé par Joseph Kessel qu’il a guidé dans un reportage pour Le Matin sur la route des esclaves, il compose à partir de son journal de bord Les secrets de la Mer rouge qui sont en succès en 1932. Suivront 70 autres ouvrages. Outre ses aventures sur les mers, il connaît aussi la guerre - couvrant en tant que journaliste la guerre italo-éthiopienne de 1935 (un de ses livres a froissé le Négus en 1933 ; celui-ci lui a recommandé de s’éloigner temporairement d’Éthiopie) - et la vie en résidence surveillée au Kenya, où le gouvernement français le déporte en 1942.
  Après presque 40 ans passés en Afrique de l’Est, il revient en France en 1948 pour s’installer dans la maison d’Ingrandes, en plein Berry. Il garde un pied-à-terre à Paris (33 rue Erlanger), mais c’est à Ingrandes que l’ami de Teilhard de Chardin décède en 1974.

Pour visiter le lieu
La maison de Monfreid à Ingrandes, entre Poitiers et Chateauroux, est ouverte au public. Contact : 02 54 37 65 25.

Petite bibliographie
Le feu de Saint-Elme. Henry de Monfreid. Livre de Poche n° 4733.


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